19e Printemps des poètes

 Printemps-des-poetes

Du 04 au 19 mars 2017
Afrique(s)

Afrique mon Afrique

 

Afrique mon Afrique
Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales
Afrique que chante ma grand-mère
Au bord de son fleuve lointain
Je ne t`ai jamais connue


Mais mon regard est plein de ton sang
Ton beau sang noir à travers les champs répandu
Le sang de ta sueur
La sueur de ton travail
Le travail de l'esclavage
L`esclavage de tes enfants


Afrique dis-moi Afrique
Est-ce donc toi ce dos qui se courbe
Et se couche sous le poids de l’humilité
Ce dos tremblant à zébrures rouges
Qui dit oui au fouet sur les routes de midi


Alors gravement une voix me répondit
Fils impétueux cet arbre robuste et jeune
Cet arbre là-bas
Splendidement seul au milieu des fleurs
Blanches et fanées


C`est l'Afrique ton Afrique qui repousse
Qui repousse patiemment obstinément
Et dont les fruits ont peu à peu
L’amère saveur de la liberté.



David Diop

 

Le cœur qui bat

 

Le cœur qui bat ne se réjouit pas de la blessure du ver de terre
le cœur qui bat soutient le combat de l’homme face aux chimères
le cœur qui bat révèle le murmure du sentier quand vient le doute

 

Tout homme a deux mains : la main qui nourrit et la main qui reçoit
la main qui nourrit est offrande : ne mords pas la main qui nourrit !
Dans la main qui reçoit advient le monde : promesse que tient la vie !
ne mords pas la main qui nourrit, n’offense pas la main qui reçoit

 

Frère, le sang du cœur qui bat connaît les faveurs de la terre et du ciel
entre la terre et le ciel vivent Dieu, les dieux, les Ancêtres, le secret
Frère, l’ignores-tu ? Le Dieu de l’homme, c’est d’abord sa pensée !
Aux dimensions du monde, l’Ancêtre de l’homme, c’est son âme !
entre âme et pensée, la parole est énigme, le silence est épreuve

 

Frère, que ton cœur qui bat te maintienne homme parmi les hommes.



Gabriel Okoundji

 

Celui qui a tout perdu

 

Le soleil brillait dans ma case
Et mes femmes étaient belles et souples
Comme les palmiers sous la brise des soirs.
Mes enfants glissaient sur le grand fleuve
Aux profondeurs de mort
Et mes pirogues luttaient avec les crocodiles
La lune, maternelle, accompagnait nos danses
Le rythme frénétique et lourd du tam-tam,
Tam-tam de la joie, tam-tam de l'insouciance
Au milieu des feux de liberté.
 
Puis un jour, le Silence ...
Les rayons du soleil semblèrent s'éteindre
Dans ma case vide de sens.
Mes femmes écrasèrent leurs bouches rougies
Sur les lèvres minces et dures des conquérants aux yeux d'acier
Et mes enfants quittèrent leur nudité paisible
Pour l'uniforme de fer et de sang.
Votre voix s'est éteinte aussi.
Les fers de l'esclavage ont déchiré mon coeur,
Tams-tams de mes nuits, tam-tams de mes pères.


David Diop ("Coups de pilon" - Présence Africaine, 1956)

 

Poème à mon frère blanc

 

Cher frère blanc,
Quand je suis né, j'étais noir,
Quand j'ai grandi, j'étais noir,
Quand je suis au soleil, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir.

Tandis que toi, homme blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.

Alors, de nous deux,
Qui est l'homme de couleur ?


Léopold SEDAR SENGHOR (1906-2001)

 

Les festins

 

Des festins, de grands festins.
C'est cela, votre préoccupation de chaque jour.
Vous ne prenez même pas la peine d'observer l'estuaire du fleuve et ce qui s'y passe au crépuscule.
La baie est couverte de brouillard.
Le soleil va se coucher et les hommes ne le voient même pas!
Pourvu que vous ne restiez pas enlisés dans vos banquets.
Savez-vous que pendant que vous vous noyez dans vos fêtes, d'autres peuples travaillent nuit et jour pour leur avenir d'hommes libres?
Allons, ouvrez les yeux, lisez de bons livres.
Vous y verrez que ce vent qui souffle de l'ouest, de l'outre-mer, ce vent arrive pour changer complètement votre vie.
Et il va détruire toutes vos maisons,
si vous ne mettez pas tout votre coeur à les construire.
Oui, des festins, de grands festins.
... Pourvu que vous ne vous noyiez pas dedans.

 

Mandema

 

 

Mise à jour le Jeudi, 16 Mars 2017 09:58